Art et procrastination : ce qui t’empêche vraiment de créer (et comment commencer)

Art et procrastination: atelier et œuvres

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Pour dénouer le lien entre art et procrastination, inutile de s’imposer une discipline de fer. Quelques minutes par jour et un peu d’indulgence envers soi-même suffisent souvent à relancer l’envie.

Et comprendre pourquoi l’on tarde à se lancer ouvre des pistes étonnantes ! Psychologues, écrivains, artistes : chacun éclaire à sa façon ce drôle de réflexe qui nous éloigne de notre ouvrage.

Peut-être repousses-tu depuis longtemps un projet qui te tient à cœur, une série à terminer ou une exposition à préparer ? Ou bien cherches-tu simplement à retrouver le plaisir de créer un peu chaque jour, sans pression ? Dans les deux cas, mettre un nom sur ce qui te freine t’aidera à passer de l’envie à l’action.

Art et procrastination: atelier et œuvres

I. Art et procrastination : pourquoi remet-on à plus tard ce qui nous tient à cœur ?

Art et procrastination vont souvent ensemble : on repousse sans cesse le moment de créer. L’envie est pourtant bien là, et le temps aussi, souvent plus qu’on ne le croit. Alors, qu’est-ce qui coince vraiment ?

Le doute pèse plus que le manque d’envie

On remet volontiers à plus tard les tâches ennuyeuses. Mais un projet créatif qui nous tient à cœur peut lui aussi attendre des années ! Le psychologue Piers Steel a étudié des centaines de recherches sur la procrastination. Parmi les causes les plus fréquentes, il relève :

  • le doute sur notre capacité à réussir ;
  • la peur du jugement.

Quant au perfectionnisme, au sens de vouloir bien faire, il aide plutôt à avancer !

Selon Steel, notre motivation grandit quand on se sent capable et que la tâche compte pour nous. Elle baisse lorsque le bénéfice paraît lointain et que les distractions sont à portée de main. Un projet artistique personnel réunit justement tous ces freins ! On doute de soi, on ignore ce que le résultat donnera, et surtout, personne n’attend nos créations. Sans date limite, le projet s’effrite tranquillement de semaine en semaine.

Une date fixée ne règle pas tout pour autant. Quand il s’agit d’exposer, le regard du public pèse alors sur chaque séance de travail. Le doute se déplace peu à peu : on s’interroge moins sur ses capacités que sur l’avis des visiteurs.

Procrastiner, une façon d’éviter une émotion inconfortable

Les spécialistes de la procrastination la décrivent d’abord comme une réaction émotionnelle. On évite moins la tâche que ce qu’elle nous fait ressentir : ennui, frustration, doute ou flou. Le flou, justement, accompagne presque toujours le moment de créer. Devant la feuille blanche, on ignore ce qu’on va faire et par où commencer. Faire autre chose en remettant la création à demain soulage alors tout de suite.

Reporter paraît d’autant plus facile que notre cerveau nous y aide. Des chercheurs ont en effet observé qu’il traite la personne que nous serons plus tard presque comme une étrangère. Nous lui confions donc nos projets sans remords, comme on laisserait une corvée à quelqu’un d’autre ! Le lendemain, évidemment, l’inconfort revient, avec un peu de culpabilité en plus. Ce projet paraît alors encore plus intimidant, et le cercle se referme.

L’écrivain Steven Pressfield a justement donné un nom à cette force qui nous éloigne de la création.

Art et procrastination: feuille blanche

II. Ce qui se cache derrière la procrastination en art selon Steven Pressfield

Le romancier Steven Pressfield a longtemps peiné avant de publier son premier roman, La Légende de Bagger Vance. Dans La Guerre de l’art, il raconte ce qui l’a si longtemps empêché d’écrire. Il appelle cette force la « résistance », et ce mot change notre regard sur la procrastination.

La résistance, une force intérieure qui grandit avec l’enjeu

Pour Pressfield, la plupart d’entre nous mènent deux vies : celle que nous vivons, et celle que nous portons sans la vivre. Entre les deux se dresse la résistance, une force intérieure qui nous détourne de ce qui compte. Selon lui, elle ne vient ni du manque de temps ni des autres, mais de nous-mêmes. Elle agit aussi en silence, si bien qu’on la confond facilement avec de bonnes raisons.

Pressfield avance surtout une idée forte : plus un projet compte pour notre évolution, plus la résistance se manifeste. Cette lecture reste celle d’un écrivain, et non une vérité scientifique. Elle rejoint pourtant ce que nous avons vu : ce qui nous tient à cœur réveille aussi nos doutes.

La résistance se cache derrière de bonnes raisons

La résistance se reconnaît rarement au premier coup d’œil, car elle prend l’allure du bon sens. Elle se glisse dans de petites décisions qui semblent toutes raisonnables :

  • attendre d’avoir plus de temps, ou le bon moment ;
  • ranger son atelier avant de commencer ;
  • acheter encore un peu de matériel ;
  • regarder un tutoriel de plus pour « être prête » ;
  • chercher l’idée parfaite avant de poser le premier trait ;
  • vouloir savoir à l’avance ce que l’on va obtenir ;
  • se trouver soudain mille choses plus urgentes à faire.

Prise isolément, chacune de ces raisons tient debout. Mises bout à bout, elles repoussent pourtant la création de semaine en semaine. Pressfield note aussi que la résistance redouble souvent juste avant la fin d’un projet.

Je passe moi-même régulièrement par chacune de ces étapes ! Inscrite aux Journées nationales des artistes, je devais ouvrir mon atelier au public. Pendant les semaines de préparation, j’ai rangé, acheté du matériel, regardé des tutoriels… mais très peu créé. Plus la date approchait, plus mon retard grandissait. La résistance a attendu la dernière ligne droite pour l’emporter : quelques jours avant, j’ai annulé ma participation.

Depuis, une question inspirée de Pressfield m’accompagne : aurais-je autant hésité si personne ne devait voir mes œuvres ?
Probablement pas. Je voulais encore retravailler mes œuvres, tester différents accrochages, peaufiner chaque détail avant d’ouvrir mon atelier. À l’idée d’accueillir des visiteurs, rien ne me semblait jamais assez prêt. La résistance s’était simplement déguisée en conscience professionnelle !

Ce que la résistance nous apprend

Mettre un nom sur la résistance retire déjà une part de culpabilité. On cesse de se juger paresseuse, et on regarde ce qui se joue vraiment.

Attention toutefois à ne pas voir de la résistance partout ! Une semaine épuisante, un proche à accompagner, un déménagement : le corps et l’agenda ont parfois raison. Il arrive aussi qu’un projet ait simplement perdu sa saveur. Pour faire le tri, un petit test suffit : imaginer ce projet rayé de la liste, pour de bon.

Si la première réaction ressemble à « Ouf, une chose de moins ! », mieux vaut l’abandonner sans regret. Si au contraire on pense aussitôt « Ah non, pas celui-là ! », l’envie est toujours là. Elle attend seulement une porte d’entrée assez simple pour qu’on ose la pousser.

Art et procrastination: cyanotypes

III. Art et procrastination : passer de l’envie à l’action

Bonne nouvelle : pour sortir de la procrastination créative, nul besoin d’efforts héroïques. Quelques ajustements suffisent pour rendre le premier pas beaucoup plus simple. Voici quatre leviers à adapter à sa pratique et à son rythme.

Commencer sans attendre l’inspiration

On attend souvent d’être inspirée pour sortir son nécessaire pour peindre ou écrire. Pressfield constate l’inverse : l’inspiration arrive le plus souvent une fois au travail, rarement avant. Il raconte d’ailleurs que des idées lui viennent souvent en marchant, après ses heures d’écriture.

L’envie de créer obéit au même principe : elle revient le plus souvent une fois la production commencée. Qui n’a jamais traîné des pieds avant une sortie, pour finalement y passer un excellent moment ? La création suit souvent ce même chemin.

Se donner rendez-vous sans s’imposer de résultat

Pour le psychologue, l’amateur crée quand l’envie le prend. Le professionnel, lui, se présente chaque jour, quoi qu’il arrive. Il ne s’agit pas de devenir artiste professionnelle, mais d’emprunter au professionnel cette habitude du rendez-vous.

Un rendez-vous fixe supprime la question quotidienne « vais-je créer aujourd’hui ? ». Or chaque fois que cette question se pose, la résistance trouve une bonne raison de répondre non. Avec un horaire fixé d’avance, la décision est déjà prise et la discussion n’a plus lieu.

Ce rendez-vous se mesure à la présence, et non à ce qu’on produit. Une séance compte donc, même si rien de présentable n’en sort. Le doute sur nos capacités perd alors sa prise, puisqu’aucun résultat n’est jugé. On retrouve ainsi l’esprit de l’amateur, au sens premier du latin amator : « celui qui aime ».

Et les jours où l’on manque ce rendez-vous, inutile d’en faire un nouveau procès. Une étude canadienne, menée auprès d’étudiants, a montré que se pardonner d’avoir procrastiné réduit la procrastination suivante. À l’inverse, la culpabilité rend la prochaine séance encore plus lourde à commencer.

Procrastination artistique : commencer par un tout petit geste

Plus un premier pas paraît grand, plus la résistance trouve d’arguments. « Peindre un tableau » ressemble à une montagne, alors que « sortir la boîte d’aquarelle » demande dix secondes. Le secret consiste donc à rendre le premier geste presque ridicule tant il paraît facile.
On peut, par exemple, se fixer un seul de ces micro-objectifs :

  • ouvrir son carnet et tracer une simple ligne ;
  • écrire trois mots sur ce qu’on voit par la fenêtre ;
  • poser une couleur sur une carte postale.

Une fois l’outil en main, continuer devient souvent plus facile que s’arrêter. Et même si l’on s’arrête là, l’essentiel est fait : on a honoré son rendez-vous avec soi-même.

Laisser une place à l’imprévu

Pourquoi tant de personnes repoussent-elles le moment de se lancer ? L’une des raisons tient à leur envie de savoir à l’avance ce qu’elles vont obtenir. Pourtant, ce besoin de tout prévoir nourrit justement la résistance. Les Arts de l’Imprévisible proposent l’approche inverse : commencer sans plan fixe, et regarder ce qui apparaît.

Une expérience menée dans une école d’art de Chicago éclaire bien ce point. Des psychologues ont observé des étudiants pendant qu’ils dessinaient une nature morte. Certains savaient d’emblée ce qu’ils voulaient obtenir et s’y tenaient jusqu’au bout. D’autres laissaient leur dessin évoluer et changeaient de composition en cours de route.

Un jury de critiques d’art et d’artistes reconnus a jugé les dessins du second groupe bien plus originaux. Les membres du jury ignoraient d’ailleurs l’auteur de chaque dessin. Des années plus tard, ces mêmes étudiants avaient aussi mieux réussi leur parcours d’artiste. Pour eux, le sujet se découvrait en dessinant, au lieu d’être fixé d’avance. En fait, un résultat non déterminé laisse peu de prise à la peur de rater.

Je l’ai vécu en préparant le concours de professeur d’arts plastiques. Pour m’encourager, une amie agrégée m’a mise au défi de réaliser une production plastique en deux heures. J’ai rassemblé quelques matériaux que je n’utilisais jamais (tarlatane, pastels secs, scotch), et je me suis lancée. À son retour de promenade, elle a découvert avec surprise ce qui avait surgi. Ce jour-là, j’ai pris conscience de ma capacité à faire naître une œuvre singulière à partir de presque rien.

Art et procrastination: aquarelle

IV. Un court rituel pour défaire le lien entre art et procrastination

Dix minutes suffisent pour ce rituel, à reproduire chaque jour ou quelques fois par semaine. Son but reste modeste : franchir le seuil, sans rien attendre du résultat.

Un rituel en 7 étapes

1. Choisis ton créneau à l’avance
Un horaire établi une fois pour toutes t’évite de négocier avec toi-même chaque jour. Accroche-le de préférence à une habitude existante, comme le café du matin ou le retour à la maison.

2. Prépare ton matériel la veille
Une fois tout installé, la résistance perd déjà une première excuse. Le moment venu, il ne te reste plus qu’à t’asseoir.

3. Détermine une durée réduite
Une durée courte et définie rend la tâche moins intimidante. Le minuteur annonce aussi une fin, ce qui peut rassurer et libérer en même temps.

4. Pars de ce qui est à portée de main
Inutile de chercher un sujet : un objet proche, une couleur ou une sensation du moment suffisent. Ce choix rapide coupe court au flou du «que vais-je faire ?».

5. Commence sans savoir où tu vas
Ton premier trait ou ton premier mot ouvre le chemin, et la suite se découvre en avançant. Les accidents et les détours font partie du jeu.

6. Arrête-toi pour maintenir l’élan
Même si l’envie de continuer se fait sentir, pose ton crayon. Hemingway conseillait de quitter son ouvrage justement quand il avançait bien, pour retrouver l’élan le lendemain ! Cette envie laissée en suspens rendra ton prochain rendez-vous beaucoup plus attirant.

7. Pose une réflexion pour la prochaine fois
Avant de ranger, note en quelques mots ce qui est apparu. Ajoute ensuite une piste pour la prochaine fois : une couleur à tester, une forme à reprendre. Ton rendez-vous suivant démarrera ainsi sur une idée concrète, et non devant une page blanche. Au fil des semaines, ce petit carnet de notes deviendra aussi le journal de tes découvertes.

Mon rituel

Mon propre rituel repose notamment sur deux rendez-vous hebdomadaires. Chaque semaine, je rejoins un atelier de peinture partagé avec d’autres peintres, professionnels et amateurs. Créer à leurs côtés me pousse à avancer, et nos échanges nourrissent mes réflexions.
Je retrouve aussi mon groupe de théâtre d’improvisation, pour entretenir la joie de créer dans l’imprévu. Sur scène, j’entraîne ma spontanéité dans un climat où l’échec est applaudi, encouragé, célébré ! Cette bienveillance déculpabilise et m’aide à oser davantage quand je crée.

Après quelques rendez-vous, commencer te paraîtra presque naturel. Pour prolonger l’expérience, découvre le parcours offert des 5 gestes libres, avec une petite exploration par jour.

Art et procrastination: minuteur

Art et procrastination : le signe d’une envie bien vivante

Ce qui nous empêche de créer tient rarement à la paresse ou au manque d’envie. Derrière la procrastination artistique se cache souvent le doute, l’un des visages de la résistance. Inutile de la combattre : un rendez-vous régulier et un premier pas minuscule aident souvent à la contourner. Le plus dur reste ensuite de s’y tenir, semaine après semaine.

Pour ma part, je n’accepterai plus d’exposition trop rapprochée, pour ne pas risquer une nouvelle annulation. Je préparerai la suivante bien en amont, avec de petits rendez-vous réguliers. Quelques séances par semaine me permettront d’avancer mes œuvres et de tester l’accrochage.


Et toi, quel petit geste vas-tu poser cette semaine ?
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Résumé

Entre art et procrastination, le doute et la peur du jugement se trouvent souvent en cause. Remettre à plus tard prend alors l’apparence du bon sens : on attend d’avoir le temps, l’idée juste ou l’inspiration. Et si l’on apprenait à créer soi-même cet instant idéal ?

FAQ

Quel est le lien entre art et procrastination ?

Art et procrastination vont souvent de pair, car un projet créatif réveille le doute et la peur du jugement. Repousser la création soulage cet inconfort sur le moment, mais y ajoute très vite la culpabilité.

Qu’est-ce que la résistance selon Steven Pressfield ?

Steven Pressfield appelle résistance la force intérieure qui nous détourne de notre travail créatif. Elle prend l’apparence de bonnes raisons, comme attendre le bon moment, ranger son atelier ou chercher l’idée parfaite.

De quoi parle le livre La Guerre de l’art de Steven Pressfield?

Avec La Guerre de l’art, le romancier Steven Pressfield détourne le titre du célèbre traité de Sun Tzu, L’Art de la guerre. Pour lui, créer revient à livrer chaque jour une bataille contre un ennemi intérieur : la résistance. Le livre aide à démasquer cet adversaire sous ses multiples déguisements. Il propose ensuite une arme simple : se mettre au travail chaque jour, avec la régularité d’un professionnel. L’inspiration, assure Pressfield, finit toujours par récompenser cette constance.

Le perfectionnisme favorise-t-il la procrastination en art ?

Le perfectionnisme joue un rôle plus nuancé qu’on ne le croit. Vouloir bien faire aide plutôt à avancer, contrairement à la peur du jugement et à l’autocritique, qui retiennent.

Comment sortir de la procrastination en art ?


Un rendez-vous régulier, fixé à l’avance, évite de renégocier chaque jour avec soi-même. Un premier pas minuscule rend ensuite le démarrage presque évident. Un petit rituel suffit souvent pour se remettre à créer.

Faut-il attendre l’inspiration pour créer ?


L’inspiration arrive le plus souvent une fois le travail de création commencé, rarement avant. Attendre d’être inspirée risque donc de repousser le moment de créer indéfiniment.

Comment distinguer la procrastination en art d’une simple fatigue ?


Une vraie fatigue, une période chargée ou une envie éteinte méritent d’être écoutées. Un test simple aide à faire le tri : s’imaginer abandonner ce projet pour de bon. Un sentiment de soulagement indique souvent un besoin de repos, ou un projet qui ne nous correspond plus. Une pointe de regret montre au contraire que l’envie de créer reste bien présente.

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