Faire un cyanotype attire d’abord par sa promesse de simplicité, sans technique complexe ni talent à prouver.
Et pourtant, quel terrain de jeu ce procédé ouvre ensuite!
Entre les papiers, tissus, couleurs à ajouter, médiums à associer, les pistes ne manquent jamais !
Cette diversité séduit autant les personnes attirées par la nature que celles en quête de mille façons de créer.
Et pour qui n’osait plus se lancer, cette pratique offre une belle occasion de recommencer…

I.Pourquoi faire un cyanotype botanique donne envie de créer?
La joie de cueillir et préparer ses végétaux
Le cyanotype botanique commence bien avant la table de travail, dès la promenade en extérieur. Chaque plante devient une candidate possible, observée pour sa forme plutôt que pour son nom ou ses vertus médicinales.
Cette attention portée aux végétaux environnants donne à la balade une petite mission ludique qui renouvelle notre regard. On rentre chez soi avec un bouquet hétéroclite, sans certitude sur ce qu’il va donner.
Le séchage peut prolonger la cueillette, dans un herbier ou entre deux presse-papiers.
J’aime beaucoup cette étape qui demande une attention redoublée. Une nouvelle coupe permet de présenter chaque végétal comme on le souhaite.
On sélectionne alors ce qu’on garde, et on élimine sans regret le reste. Ce tri patient prépare déjà les compositions à venir…
Cette même cueillette sert aussi de point de départ à l’impression végétale, une autre façon de garder une trace directe de la nature.
La magie de la révélation du cyanotype
Sous le soleil, le papier peut changer de teinte plus ou moins lentement, au fil des minutes.
Cette évolution de l’émulsion, du jaune-vert au gris-vert, est, pour moi, vraiment fascinante!
Les teintes traversées composent des images magnifiques que j’aime figer en photographie.
Ces clichés, une fois numérisés, peuvent devenir une matière créative à part entière !
La révélation finale, au moment du rinçage, reste malgré tout le temps le plus attendu. On y découvre si les transparences des pétales ont été préservées ou si l’insolation a écrasé les valeurs.
Ce résultat, jamais totalement prévisible, entretient une curiosité renouvelée à chaque création.
Une fois l’empreinte obtenue, cette matière peut mener vers d’infinies possibilités créatives.

II.Faire un cyanotype : histoire et principe de l’impression solaire
Le cyanotype, une technique photographique du XIXe siècle
John Herschel, astronome et scientifique britannique, invente le cyanotype en 1842. Il souhaitait alors reproduire rapidement ses notes, croquis et diagrammes, sans recopier chaque document à la main.
Proche de Henry Fox Talbot, le pionnier de la photographie sur papier, Herschel poursuit ses essais sur l’action de la lumière.
Il parvient à isoler une réaction inattendue entre deux sels de fer.
Exposé au soleil, ce mélange produit un bleu profond et parfaitement stable.
Il nomme cette découverte «cyanotype», en assemblant deux racines grecques : kyanos, le bleu, et typos, l’empreinte. Ce nom résume à lui seul tout le principe de la technique : une empreinte façonnée par le bleu.
Ingénieurs et architectes adoptent cette méthode pour reproduire plans et documents techniques jusqu’au milieu du XXe siècle.
Le cyanotype naît ainsi loin de tout usage artistique !
Mais quelques années plus tard, la botaniste Anna Atkins utilise cette technique pour documenter algues et fougères. Elle crée ainsi le premier livre illustré par la photographie.
Le rôle du soleil dans la création du cyanotype
Appliquée sur le papier, la solution photosensible reste stable tant qu’elle demeure à l’abri de la lumière. Exposés aux rayons ultraviolets, les sels ferriques se convertissent en sels ferreux.
Le temps d’exposition varie fortement selon la saison, l’heure et l’intensité lumineuse. En plein été, quelques minutes suffisent pour obtenir un contraste marqué. En hiver, ou par ciel voilé, l’exposition peut demander une heure ou davantage. Cette variation constante empêche toute recette figée pour l’exposition au soleil. Observer le papier durant l’insolation permet d’ajuster ce temps selon le résultat recherché.
Le rinçage final fixe ensuite l’image, en éliminant les sels restés à l’abri de la lumière.
Personnellement, j’aime ce lien direct avec la météo qui m’invite à vivre au plus près du rythme de la nature.

III.Faire un cyanotype botanique : mes astuces pour explorer sans te limiter
Le choix des végétaux
Faire un cyanotype botanique repose sur un principe simple : le végétal devient pochoir. Posé sur le papier photosensible, il bloque la lumière à l’endroit exact où il repose. Tout autour, les rayons UV agissent pour former le bleu de Prusse.
La sélection des végétaux dépend des critères de:
- Forme: certaines plantes ou fleurs sont très linéaires et graphiques, d’autres explorent davantage la surface. Les motifs dentelés et reconnaissables offrent des silhouettes particulièrement intéressantes.
- Épaisseur: même fraîches, certaines plantes donnent des contours nets, quand d’autres restent floues car trop épaisses.
- Transparence: certains pétales fins offrent des nuances de bleu et créent une atmosphère subtile et délicate.
Je sèche mes végétaux en herbier, une méthode simple qui ne m’a jamais déçue.
J’intercale des feuilles de papier absorbant entre chaque plante. Je glisse ensuite le tout entre les pages d’un gros dictionnaire, sous des poids.
Après plusieurs semaines de repos, aucune moisissure n’est jamais apparue.

Le matériel pour cyanotype
Le matériel nécessaire reste limité, ce qui rend la technique accessible dès le début.
La base chimique du cyanotype est un mélange de deux produits : le citrate d’ammonium ferrique et le ferricyanure de potassium.
Tu peux les trouver sous trois formes :
- liquide, à mélanger au rapport 1:1 ;
- en poudre, à diluer toi-même ;
- sur papier d’art solaire, déjà prêt à l’emploi
Voici le matériel à prévoir, réparti selon les grandes étapes de la création pour :
Le kit pour préparer et enduire le papier
- un papier épais et absorbant, d’au moins 250 grammes, pour résister au bain de rinçage ;
- un pinceau large, sans partie métallique, pour éviter toute réaction avec la solution ;
- une paire de gants, pour protéger tes mains du produit ;
- un espace de travail à l’abri de la lumière du jour.
Le nécessaire pour composer et exposer son cyanotype
- une plaque de verre, ou de plexiglas transparent, pour plaquer ta composition ;
- des pinces à dessin ou à linge, pour maintenir le tout fermement ;
- une surface stable et dégagée, en plein soleil ou sous une lampe UV.
L’installation pour rincer et faire sécher ses créations en cyanotypie
- de grands bacs en plastique, pour plonger le papier sans le plier ni le froisser.
- une surface à l’abri de la lumière directe ;
- un tissu, une moustiquaire tendue ou du papier absorbant, pour poser délicatement le tirage humide.
La composition de l’image
Vient alors le moment de composer. Trois approches s’ouvrent alors :
- la « botaniste« , qui cherche à isoler une silhouette bien reconnaissable, comme dans un herbier photographique.
- celle plus « narrative« , qui redonne au végétal l’allure d’une plante encore ancrée dans son milieu
- une « abstraite ou expérimentale« , on l’on peut superposer plusieurs éléments, brouiller la lecture immédiate de l’image.
Ces trois pistes ne s’excluent pas, et se mélangent parfois dans une même création.
L’exposition
Une fois ta composition posée, prépare ton châssis pour l’exposition :
- pose une planche rigide au fond, pour servir de support ;
- ajoute ton papier enduit, orienté face vers le haut ;
- dispose tes végétaux, selon la composition choisie ;
- recouvre le tout d’une plaque de verre, pour bien plaquer l’ensemble ;
- referme avec des pinces à dessin ou à linge, réparties sur tout le pourtour.
Ce serrage assure un contact ferme entre le papier et les végétaux, condition essentielle pour un contour net.
Place ensuite ton châssis en plein soleil, sur une surface stable et dégagée.
Le temps d’exposition peut être mesuré grâce à un test préalable:
- Prépare une chute de papier enduit de l’émulsion.
- Recouvre-la d’un carton opaque, puis découvre -au soleil-, une partie toutes les deux minutes environ.
Après rinçage, chaque bande révèle un temps d’exposition différent, du plus foncé au plus clair. - Choisis le temps qui donne l’effet que tu recherches, pour lancer ton tirage définitif.
Une fois l’exposition terminée, retire délicatement les végétaux et la plaque de verre. - Plonge ensuite ton papier dans un bac d’eau claire, à température ambiante.
- Rince plusieurs minutes, jusqu’à ce que l’eau ne se colore plus en jaune.
Quelques gouttes de vinaigre blanc ou d’eau oxygénée peuvent intensifier le bleu final, selon l’effet recherché.
Du séchage à l’accrochage (ou stockage)
Laisse ensuite sécher ton cyanotype. La couleur continue de s’approfondir pendant les 24/48h qui suivent, au contact de l’air.
Pour accrocher ta création durablement, privilégie un cadre avec un verre anti-UV. Le bleu de Prusse résiste bien à la lumière, mais une exposition prolongée finit par le ternir avec le temps.
Range tes tirages non encadrés à l’abri de la lumière, dans un tiroir ou une pochette opaque.

IV.Différentes pistes à explorer pour faire un cyanotype botanique
Les supports
Le papier
J’ai, comme tout cyanotypiste débutant, commencé cette pratique avec du papier aquarelle basique 300g/m2.
Mais faire un cyanotype sur ce type de papier n’est qu’un point de départ !
Le grain et l’épaisseur du papier changent déjà beaucoup le rendu d’une impression végétale. J’aime tester le rendu sur des papiers ordinaires, épais et texturés. Le papier de cagette donne un effet rugueux et brut qui me séduit particulièrement.
Les papiers plus onéreux font sans doute une différence, mais je ne les utilise pas pour le cyanotype botanique.
Mes essais vont vers les papiers japonais, sans grande surprise pour qui me connaît. Et je dois dire que le papier de soie me ravit ! Quelle texture ! Quelle finesse de rendu !
Le tissu
Au-delà du papier, le tissu ouvre une toute nouvelle direction pour faire un cyanotype.
Coton, lin ou soie naturelle acceptent bien la solution photosensible. Lave d’abord ton tissu, pour retirer l’apprêt industriel qui gênerait l’accroche de l’émulsion. Le tissu absorbe davantage que le papier, prévois donc une quantité de solution plus importante. On peut aussi mordancer le tissu à l’alun pour aider le motif à mieux durer dans le temps.
Autres
Le bois brut, poncé et légèrement absorbant, se prête aussi à cette technique.
La céramique cuite non émaillée, ou la pierre, acceptent également la solution photosensible. Sur ces matières poreuses, la solution s’enfonce parfois trop dans l’épaisseur. Une fine sous-couche de gélatine ou d’agar-agar retient alors l’émulsion à la surface.
Sur le verre, matériau non poreux, cette sous-couche devient indispensable.
Chaque support, chaque matière, impose ainsi ses propres contraintes, et donc ses propres surprises.
Associer le cyanotype à d’autres médiums
Teintures et couleurs
Le virage ouvre une première piste de transformation, une fois le cyanotype rincé.
Un bain de thé, de café ou de maté change le bleu de Prusse en un brun chaud, sépia. L’écorce de chêne, ou même un vin rouge tannique, donnent des résultats tout aussi surprenants.
Le cyanotype peut aussi intégrer l’aquarelle, l’encre ou autre pigment. On travaille alors le cyanotype humide.
Cette variante consiste à déposer des pigments d’aquarelle en poudre directement sur l’émulsion encore mouillée, au moment de poser les végétaux.
Ces pigments doivent être solubles à l’eau et posséder un fort pouvoir tinctorial pour bien se fixer. Le vaporisateur permet ensuite de les faire migrer, pour qu’ils accrochent bien à la texture du papier.
Images et graphismes
Certaines créatrices déposent des feuilles d’or, des éléments comme des photos, des collages divers.
D’autres ajoutent du graphisme en cousant avec des fils de couleur. La broderie, apporte une dimension presque sculpturale au cyanotype.
L’écriture trouve aussi naturellement sa place aux côtés d’une impression végétale.
Transformer les surprises en nouvelles pistes créatives
Un cyanotype « raté » n’a, en réalité, jamais rien d’un échec définitif.
Une exposition trop courte, un contour flou, un bleu inégal peut ouvrir une piste d’exploration. Ce résultat inattendu peut devenir la base d’un collage, découpé et recomposé autrement.
Personnellement, je crée mes marques-pages et mes cartes de visite à partir de mes chutes de cyanotypes !
Une image trop pâle se prête bien à une reprise à l’aquarelle, pour retravailler les zones manquantes.
Un cyanotype flou, lui, gagne parfois à être scanné puis réimprimé, pour accentuer volontairement cet effet.
Garde toutes tes tentatives, même celles qui te déçoivent sur le moment.
Avec le temps, ces essais imparfaits deviennent une vraie réserve de matière pour tes prochaines créations.
Le cyanotype botanique t’apprend ainsi à accueillir l’imprévu, plutôt qu’à le corriger systématiquement.

Le cyanotype botanique: une invitation à ralentir et à créer
Dans un monde ultra-connecté, le cyanotype botanique offre une vraie pause. Il invite à ralentir, observer, ressentir autrement.
Chaque création te reconnecte à plusieurs niveaux à la fois. D’abord à la nature, à travers sa lumière et ses trésors végétaux.
Ensuite à toi et à tes sens, par les textures, les odeurs, les gestes patients.
Chaque tirage devient une trace sensible de ton lien avec la nature.
Le cyanotype capture surtout l’instant présent, sans artifice ni contrôle total.
Sa simplicité rend la technique accessible à celles qui n’ont jamais osé créer.
Pour moi, l’attention portée au geste est comme une méditation créative.
Partage tes propres essais sur le groupe Facebook Rêve Debout. Les retours d’expérience y trouvent toujours une place bienveillante, entre passionnées des explorations artistiques.
Enfin, épingle une des images de cet article sur Pinterest. Tu pourras ainsi retrouver facilement toutes les étapes, le jour où l’envie de recommencer se présentera.




Résumé
Faire un cyanotype botanique rassure par sa simplicité et ouvre rapidement de nouvelles envies de créer.
Les essais deviennent des découvertes, les surprises nourrissent l’inspiration et la peur de se tromper laisse peu à peu la place au plaisir d’expérimenter.
FAQ
- Comment faire un cyanotype avec des plantes ?
Le végétal joue le rôle d’un pochoir, posé directement sur le papier photosensible avant l’exposition. La lumière révèle ensuite sa silhouette en blanc, sur un fond bleu de Prusse intense. Le choix des plantes, leur forme et leur épaisseur influencent directement le résultat obtenu. - Quelles plantes utiliser pour un cyanotype ?
Les plantes plates et bien découpées, comme les fougères, donnent des contours particulièrement nets. Les fleurs aux pétales translucides créent de délicates variations de bleu. Aucune plante n’est meilleure dans l’absolu : le choix dépend surtout de l’effet recherché. - Quel papier utiliser pour un cyanotype ?
Un papier épais et absorbant, d’au moins 250 grammes, résistera au bain de rinçage. Le papier aquarelle classique convient parfaitement pour débuter cette pratique. - Combien de temps faut-il pour faire un cyanotype ?
Le temps d’exposition dépend principalement de l’intensité des rayons UV. En été, quelques minutes peuvent suffire, alors qu’une journée nuageuse ou hivernale demandera une ou plusieurs heures. - Peut-on faire un cyanotype sur du tissu ?
Oui. Le coton, le lin ou la soie naturelle conviennent très bien après un lavage destiné à éliminer l’apprêt. Le tissu absorbe davantage de solution photosensible que le papier et nécessite donc quelques adaptations. - Pourquoi mon cyanotype manque-t-il de contraste ?
Un temps d’exposition inadapté, un mauvais contact entre les végétaux et le papier, ou une lumière UV insuffisante expliquent souvent ce résultat. Réaliser une bande-test permet d’ajuster facilement l’exposition avant de lancer un tirage définitif. - Comment conserver un cyanotype botanique ?
Un cadre équipé d’un verre anti-UV protège durablement le bleu de Prusse. Les tirages non encadrés se conservent à plat, dans une pochette ou un tiroir, à l’abri de la lumière. - Un cyanotype raté peut-il être réutilisé ?
Oui. Une empreinte trop pâle, floue ou irrégulière peut devenir la base d’un collage, d’une reprise à l’aquarelle ou d’une numérisation. De nombreux artistes utilisent leurs essais pour nourrir leurs créations futures.