Photographier le quotidien: 3 notions japonaises pour mieux regarder

Photographier le quotidien avec nos tĂ©lĂ©phones semble simple. Aujourd’hui, nos appareils proposent mĂȘme des rĂ©glages « intelligents » : lignes de composition, mise au point, suggestions de cadre… Pratique pour capturer un beau souvenir mais pas pour une crĂ©ation personnelle! En rĂ©alitĂ©, ces aides te formatent plus qu’elles ne te libĂšrent.

Je me suis rendu compte que dĂ©velopper son regard photographique n’est pas intuitif pour tous. Beaucoup jugent leurs photos trop vite. On supprime, on corrige, on cherche Ă  « bien faire » sans vraiment s’interroger sur ce que ça signifie. Cette tension vient souvent du fait qu’on ne s’Ă©coute pas suffisamment. On cherche des rĂšgles extĂ©rieures au lieu de cultiver son propre regard.

Le Japon nous offre trois notions simples et profondes qui transforment cette approche. Pas des techniques à maßtriser, pas des rÚgles de composition rigides. PlutÎt des postures intérieures qui libÚrent ton regard et ta façon de composer. Elles te reconnectent à ce que tu ressens vraiment face au réel. Ces notions sont accessibles et te permettent de te décomplexer face à tes propres images.

Cet article fait partie du DĂ©fi crĂ©atif des 4 saisons pour apprendre Ă  mieux regarder en photo et mieux t’Ă©couter.

Photographier le quotidien: oiseaux

I. Pourquoi ces 3 notions japonaises transforment ta façon de photographier le quotidien

Photographier le quotidien, c’est capturer des instants ordinaires de ta vie de tous les jours. Pas besoin de mise en scĂšne ou d’effets spĂ©ciaux. On prend en photo ce qui nous entoure, et c’est notre regard qui transforme le rĂ©el.
Pour affiner notre regard sur les choses simples, le Japon nous offre trois postures intérieures transformatrices

Zen, ma, mu : trois concepts pour photographier le quotidien autrement

Au Japon, certains concepts n’ont pas d’Ă©quivalent direct dans nos langues occidentales. Ils portent en eux des siĂšcles de sagesse et d’attention au monde. Les 3 notions abordĂ©es ici zen, ma et mu font partie de ces trĂ©sors.

Tu as certainement dĂ©jĂ  des idĂ©es sur ce qu’est le zen. C’est une forme de bouddhisme aussi devenue un mot courant pour dĂ©signer le calme et l’Ă©pure. En rĂ©alitĂ©, le zen est bien plus profond qu’une simple esthĂ©tique…

Ma, lui, est partout dans la culture japonaise. Il dĂ©signe l’espace, l’intervalle, la pause entre deux choses. On le retrouve dans les jardins, la calligraphie, la musique traditionnelle et mĂȘme dans les conversations !

Mu est peut-ĂȘtre le plus dĂ©routant des trois. Si tu as lu mon article sur les koans zen, tu l’as peut-ĂȘtre croisĂ©. C’est le fameux « mu » du premier koan : « Un chien a-t-il la nature de Bouddha ? » — « Mu ! » Une rĂ©ponse qui invalide la question elle-mĂȘme.

Le lien avec ta pratique photographique au quotidien

Voilà la belle surprise : zen, ma et mu ne sont pas des techniques photographiques à apprendre. Ce sont des postures intérieures qui transforment ta relation au quotidien que tu photographies.
Pose-toi cette question un instant. Quand tu déclenches, est-ce pour chercher le « bon sujet » ou pour mettre en évidence ce que tu as ressenti ?
Cette introspection change tout.
Photographier le quotidien repose déjà sur trois choses toutes simples :

  • Un instant
  • Un geste
  • Une relation directe au rĂ©el

Ces trois notions japonaises te reconnectent justement Ă  ces fondamentaux. Pas en ajoutant de la complexitĂ©, mais en revenant Ă  l’essentiel :

  • Zen t’apprend la prĂ©sence
  • Ma t’apprend Ă  composer avec le vivant senti dans l’intervalle
  • Mu t’apprend Ă  suspendre le jugement

II. Les 3 notions japonaises pour photographier le quotidien

A. Zen : Comment cette posture transforme ta façon de photographier le quotidien

Commençons par éclaircir un malentendu fréquent autour du zen.
Quand on entend « zen« , on pense souvent à :

  • Un style visuel Ă©purĂ© ou minimaliste
  • Une promesse de calme
  • Une recherche du beau

Le zen est avant tout une qualitĂ© de prĂ©sence. Une posture intĂ©rieure qui transforme ta façon d’ĂȘtre avec ce que tu regardes et avec l’instant.

Photographier le quotidien dans un esprit zen
ConcrĂštement, qu’est-ce que cette posture zen change dans la maniĂšre de photographier ?
Il ne s’agit pas de chercher le bon sujet ou attendre un instant spectaculaire mais plutĂŽt de:

  • Ralentir
  • Se rendre disponible Ă  ce qui est dĂ©jĂ  lĂ 

En somme le zen invite Ă  cesser de vouloir pour commencer Ă  percevoir.

Les 3 effets concrets du zen pour photographier le quotidien

Alors comment pratiquer la « photo zen Â» ?

1. Le ralentissement
Le zen introduit une pause avant le dĂ©clenchement. Pas une hĂ©sitation mais un temps d’accord.
Tu ne photographies plus le quotidien pour saisir. Tu photographies pour rĂ©pondre Ă  ce qui t’appelle. Cette diffĂ©rence peut sembler subtile, mais elle change tout.

2. La simplicité
Le zen te dĂ©tourne du spectaculaire. Il t’invite Ă  regarder l’ordinaire avec toute l’attention que tu peux lui porter.

3. L’absence de tension vers le rĂ©sultat
Photographier le quotidien dans un esprit zen, c’est accepter de:

  • ne pas savoir si l’image sera « rĂ©ussie »
  • ne pas chercher Ă  produire quelque chose
  • faire confiance au moment

L’image devient une trace, non un objectif.

Ce qu’il faut retenir de la « photo zen Â»
Le zen ne cherche pas Ă  embellir le monde, mais Ă  le rencontrer.
Le calme n’est pas dans la photo mais dans la maniĂšre de regarder.

Quelques photographes « zen » à découvrir

Si tu veux voir ce que donne la photographie zen en pratique, regarde le travail de :

  • Hiroshi Sugimoto : il pratique la « mĂ©ditation photographique ». Ses sĂ©ries sur la mer et les théùtres utilisent des expositions de plusieurs heures. Il revendique l’influence du bouddhisme zen : photographier devient un acte contemplatif, une façon d’ĂȘtre prĂ©sent au monde.
  • Michael Kenna : sa photographie Ă©purĂ© est en noir et blanc, souvent en longues expositions. Son approche minimaliste s’applique aussi bien aux paysages qu’au quotidien. Il utilise parfois un Holga, appareil en plastique accessible. Fortement influencĂ© par le Japon, il cherche « ce qui reste quand tout est parti ».

Pour ton quotidien
Tu n’as pas besoin de longues expositions ou d’Ă©quipement spĂ©cial. Ce qui compte, c’est ta posture : ralentissement et/ou disponibilitĂ©, accueil, simplicitĂ©.
La photographie mĂ©ditative n’est pas dans la technique mais dans ton attention.

Photographier le quotidien: le zen

B. Ma : Comment repenser ta composition pour photographier le quotidien

Ce qu’est ma pour photographier le quotidien

Ma dĂ©signe l’intervalle vivant entre deux choses. C’est un espace-temps actif, chargĂ© de prĂ©sence. Dans la culture japonaise, ma existe partout : entre deux gestes, deux sons, deux mots, deux formes. C’est ce qui fait respirer l’Ɠuvre et lui donne son rythme profond.

La question essentielle quand tu photographies le quotidien devient alors : comment laisser respirer ton image ? L’espace nĂ©gatif en photographie n’est pas un « reste » qu’on remplit par dĂ©faut. Il participe Ă  la composition au mĂȘme titre que ton sujet principal.

Ma : une question de rythme
Comprendre le ma demande de saisir quelques nuances essentielles. Sans elles, tu risques de confondre ma avec minimalisme ou dépouillement.
En effet, le ma ne dĂ©pend pas du nombre d’Ă©lĂ©ments dans ton image :

  • Une photographie du quotidien peut ĂȘtre minimaliste et ne contenir aucun ma.
  • À l’inverse, une image pleine de multiples Ă©lĂ©ments peut contenir beaucoup de ma.

Ma dĂ©pend de la relation entre les Ă©lĂ©ments qui composent l’image. Comment se rĂ©pondent-ils ? Laissent-ils circuler le regard ?

Le ma concerne le rythme visuel, pas la quantitĂ© d’espace vide :
Une image chargĂ©e d’objets peut respirer si les distances entre eux crĂ©ent une alternance, une pulsation.
Une image Ă©purĂ©e peut Ă©touffer si l’unique Ă©lĂ©ment sature l’espace sans laisser de marge oĂč le regard peut se poser.

Ce que ma change dans ta façon de photographier le quotidien:

  • 1. Regarder l’espace nĂ©gatif comme Ă©lĂ©ment actif
    Tu cesses de remplir le cadre. Tu portes attention aux intervalles, aux distances, aux marges. Ces espaces structurent ton image : ils créent des tensions visuelles, hiérarchisent, donnent du rythme.
  • 2. Laisser une place au regardeur
    Ma ouvre un espace dans ton image et permet au regardeur d’y pĂ©nĂ©trer.

Ce qu’il faut retenir
Ma est l’espace oĂč le regard peut entrer.
Photographier le quotidien avec ma, c’est accepter de ne pas tout montrer.

Quelques photographes « ma » à découvrir

Ces artistes travaillent la composition minimaliste et l’esthĂ©tique japonaise en photographie:

  • Minor White transforme les dĂ©tails quotidiens en abstractions graphiques. Ses images sont construites sur des tensions visuelles : ombre contre lumiĂšre, ligne contre forme. Ces Ă©lĂ©ments dialoguent, crĂ©ent des correspondances. L’intervalle entre eux gĂ©nĂšre une dimension contemplative, presque spirituelle.
  • Frank Machalowski photographie des espaces urbains dĂ©sertĂ©s. Ses compositions Ă©purĂ©es montrent l’intervalle entre les Ă©lĂ©ments architecturaux. Pas de prĂ©sence humaine. Le vide structure l’image et crĂ©e une attente suspendue oĂč l‘absence devient le sujet.
  • Fan Ho utilise la lumiĂšre comme architecture. Ses ombres dĂ©coupent l’espace urbain de Hong Kong. Les silhouettes humaines deviennent points graphiques dans un jeu d’ombre. Ses cadrages crĂ©ent du rythme par l’alternance entre plein et vide.
  • Masao Yamamoto travaille en formats minuscules (10×7 cm). Ses images floues, fragmentaires, souvent abĂźmĂ©es, cultivent l’imperfection. Cette petitesse force l’intimitĂ©. L’espace autour de l’objet photographiĂ© devient immense par contraste.
Photographier le quotidien: ma

C. Mu : Comment suspendre le jugement pour photographier le quotidien

Mu est sans doute la notion la plus dĂ©routante des trois. Mais une fois saisie, elle libĂšre le regard d’une maniĂšre inattendue.

Comment comprendre la notion mu pour photographier le quotidien

On traduit souvent mu par « vide ». Cette traduction est trompeuse si on l’entend comme absence ou nĂ©ant.
Mu signifie plutĂŽt :

  • L’absence de fixation
  • Le non-attachement aux catĂ©gories
  • La dĂ©sactivation des oppositions mentales : rĂ©ussi/ratĂ©, beau/laid, intĂ©ressant/banal

En photographie : ce que Mu change vraiment
En pratique, mu invite Ă  :

  • ne pas dĂ©cider trop vite ce qu’une image est
  • suspendre l’interprĂ©tation rapide et l’étiquette « ratĂ©e », « intĂ©ressante », « inutile »
  • regarder ce qui est lĂ , sans vouloir corriger, expliquer ou sauver

Mu suspend ainsi le jugement immĂ©diat, mais n’interdit pas une lecture ultĂ©rieure.
Il empĂȘche simplement que cette lecture soit automatique, dĂ©fensive ou normative.
Pour autant, une « photo mu » n’est pas :

  • une photo minimaliste (ça, c’est souvent ma)
  • une photo vide de sujet
  • une photo zen au sens esthĂ©tique

Mu ne concerne donc pas l’apparence de l’image mais ton rapport Ă  elle.
Avec mu, l’acte de photographier compte plus que le rĂ©sultat. Tu ne cherches pas Ă  crĂ©er une « belle image ».
Tu documentes simplement ta rencontre avec le rĂ©el. L’image devient trace de ta prĂ©sence ou tĂ©moin de ce qui t’a touchĂ©, pas une production Ă  Ă©valuer.

Ce qu’il faut retenir
Mu cherche à suspendre le réflexe de jugement.
Voici ce que cela signifie concrĂštement :

  • Mu est un geste mental, pas une technique photographique
  • Il invite Ă  lĂącher le cadre qui te pousse Ă  poser la question « est-ce rĂ©ussi/raté »
  • Photographier avec mu, c’est accepter l’image comme trace

Quelques photographes « mu » à découvrir

  • Rinko Kawauchi photographie le quotidien dans une lumiĂšre surexposĂ©e, presque blanche. Ses images semblent sur le point de s’effacer. Rien de spectaculaire: tout dans l’image a la mĂȘme importance. Cette Ă©galitĂ© de traitement ne permet aucune dramatisation ni aucune interprĂ©tation narrative.
  • Ralph Gibson travaille le fragment corporel. Cadrages serrĂ©s qui coupent, tronquent, isolent : ses compositions Ă©nigmatiques ne livrent aucune explication narrative. Elles refusent activement qu’on leur attribue un sens unique.
  • Lieko Shiga brouille la frontiĂšre entre document et fiction. Ses images floues, théùtrales, troublantes ne rĂ©vĂšlent jamais si ce qu’on voit est rĂ©el ou mis en scĂšne. Cette ambiguĂŻtĂ© fondamentale rĂ©siste Ă  toute explication.
  • Yasuhiro Ishimoto rĂ©duit le visible Ă  des formes essentielles. Ses compositions Ă©purĂ©es ne sont que prĂ©sence visuelle, surfaces, lignes. L’image devient dĂ©pouillĂ©e de tout rĂ©cit anecdotique.
Photographier le quotidien: mu

III. Pratiques concrĂštes pour photographier le quotidien autrement

Ces trois notions se traduisent en trois postures que tu peux incarner à chaque étape de ta pratique photographique.

Avant : Une attention disponible

Ralentis avant de déclencher. Ne cherche pas tout de suite le bon sujet. Rends-toi simplement disponible à ce qui est déjà là.
Cette disponibilité ne cible rien de particulier. Elle accueille simplement ce qui se présente à ton regard.
C’est une qualitĂ© d’attention au monde qui t’entoure. Avec elle, tu ne produis pas l’instant, tu te rends disponible Ă  lui.

Pendant : Un espace laissé au monde

Laisse de l’espace autour de ton sujet. Ne cherche pas Ă  tout montrer, Ă  tout remplir. Compose en laissant respirer ton image.
ConcrĂštement :

  • Donne de l’espace autour de ton sujet principal
  • Utilise le vide (espace nĂ©gatif) comme Ă©lĂ©ment actif de ta composition
  • Observe les distances et les lignes entre tes Ă©lĂ©ments
  • Ne cherche pas Ă  remplir le cadre

Un ratio simple : laisse au moins 50% d’espace nĂ©gatif dans ton image. Cet espace n’est pas du vide, c’est ce qui fait respirer le regard.

AprĂšs : Un refus de forcer le sens

Quand tu regardes tes images, suspend ton jugement immĂ©diat. Ne dĂ©cide pas tout de suite si c’est ratĂ© ou rĂ©ussi.
Observe plutĂŽt :

  • Ce qui se passe en toi face Ă  l’image
  • Tes automatismes de jugement qui surgissent
  • Ton attente, ton intention initiale
  • Ta tentation de corriger, d’expliquer, de justifier

Ne demande plus « Pourquoi c’est ratĂ© ? »
Demande plutĂŽt : « Qu’est-ce que je fais, intĂ©rieurement, quand je vois cette image ? » ; « Qu’est-ce que cette image rĂ©vĂšle de mon attente ? »
Certaines photos du quotidien ne disent rien de spectaculaire. Laisse-les ĂȘtre ce qu’elles sont : des traces de ta prĂ©sence Ă  un instant.

L’Ă©clairage d’un philosophe

Georges Didi-Huberman a travaillé sur les seules 4 photos prises par des déportés à Auschwitz. Des images floues, hors-champ, techniquement ratées.
Dans Images malgrĂ© tout et Écorces, le philosophe fait parler ces photos « inexploitables Â». Selon lui, ces « ratages » tĂ©moignent justement des conditions extrĂȘmes dans lesquelles elles ont Ă©tĂ© prises. Elles sont les traces d’un tĂ©moignage impossible.

C’est exactement ce que propose mu pour tes photos du quotidien :

  • De l’image-rĂ©sultat → Ă  l’image-trace d’une traversĂ©e
  • De la photographie comme performance → Ă  la photographie comme tĂ©moignage

On ne peut […] jamais dire : il n’y a rien Ă  voir, il n’y a plus rien Ă  voir. Pour savoir douter de ce qu’on voit, il faut savoir voir encore, voir malgrĂ© tout. […] Et c’est Ă  travers un tel regard – une telle interrogation – sur ce que nous voyons que les choses commencent de nous regarder depuis leurs espaces enfouis et leur temps enfuis. 

Georges Didi-Huberman, in Écorces.

Photographier le quotidien: gant

IV. 2 invitations artistiques pour photographier le quotidien autrement

Invitation n°1 : Moments suspendus

« Une pause entre les choses — Capture le calme et l’immobilitĂ©.« 

L’intention

Explore le calme, la prĂ©sence, l’immobilitĂ© (zen) en toi et l’intervalle, l’espace, la pause (ma) dans ta composition.

Quoi observer ?
Porte ton regard sur :

  • L’espace entre les Ă©lĂ©ments du quotidien
  • Le rythme visuel
  • L’attente silencieuse
  • La valeur de l’entre-deux

Consignes pratiques

Photographie l’entre-deux, c’est-Ă -dire ce qui se passe entre deux moments, entre deux objets ou deux actions.
Accepte qu’il ne se passe presque rien dans ton cadre. N’aie pas peur du vide. Laisse respirer ton image.
Compose avec au moins 60% d’espace nĂ©gatif.

Ce que tu vas découvrir

En photographiant le quotidien ainsi, tu vas explorer :

  • Ton rapport au temps en photographie (et photographie mĂ©ditative)
  • L’importance du silence visuel dans les scĂšnes quotidiennes
  • Comment crĂ©er des photos calmes et apaisantes
  • La beautĂ© de l’ordinaire quand on lui accorde attention
Photographier le quotidien: parasol

Invitation n°2 : C’est ratĂ© ?

« C’est ratĂ© ?-DĂ©couvre ce que tes photos « ratĂ©es » racontent sur toi Â»

L’intention

Cette invitation repose entiĂšrement sur mu : suspendre le jugement sur tes photos du quotidien.
Le but n’est pas de cherche Ă  sauver tes images « ratĂ©es Â» pour les transformer en « rĂ©ussites Â». Il n’est pas question non plus trouver du beau et/ou du sens mais plutĂŽt de :

  • DĂ©sactiver ton rĂ©flexe d’Ă©valuation
  • Observer ce qui se passe en toi face Ă  ces images
  • ReconnaĂźtre l’image comme trace d’un vĂ©cu

Mu suspend le jugement immĂ©diat, mais n’interdit pas une lecture ultĂ©rieure.
Il empĂȘche simplement que cette lecture soit automatique, dĂ©fensive ou normative.

Consignes pratiques

PremiÚre étape : rassemble tes images mises de cÎté
Choisis quelques photographies que tu as Ă©cartĂ©es. Des images floues, mal cadrĂ©es, surexposĂ©es, confuses…

DeuxiÚme étape : regarde-les attentivement
Reste quelques instants face Ă  chaque image, mĂȘme si elle te met mal Ă  l’aise ou te laisse indiffĂ©rente. Ne cherche pas Ă  les expliquer.

TroisiÚme étape : observe ton jugement.
Pour chaque image du quotidien :

  • Observe ce qui te fait dire qu’elle est ratĂ©e
  • Remarque les mots, les attentes ou les critĂšres qui apparaissent en toi
  • Ne cherche pas Ă  comprendre l’image
  • Observe plutĂŽt ton regard et ses automatismes

Tu peux noter quelques mots — non pas sur ce que l’image montre, mais sur ce qu’elle dĂ©clenche, refuse ou suspend en toi.

QuatriÚme étape : le contexte
Reprends chaque image en te posant ces questions, une Ă  une :

  • Dans quel contexte de mon quotidien ai-je dĂ©clenchĂ© ?
  • Quel Ă©tait mon Ă©tat physique, Ă©motionnel, sensoriel ?
  • Qu’est-ce qui, autour de moi, pouvait brouiller ou saturer mon attention ?
  • De quoi cette image du quotidien pourrait-elle ĂȘtre la trace, plutĂŽt que la preuve d’un Ă©chec ?

CinquiÚme étape : reconnais (sans sauver)
À la fin, choisis une image. Non pas pour la sauver, mais pour la reconnaĂźtre comme tĂ©moin d’un moment vĂ©cu de ton quotidien, avec ses dĂ©sĂ©quilibres, ses troubles, sa densitĂ©.

Ce que révÚle cet exercice : 3 transformations du regard

1. Du jugement vers l’observation
Ne demande plus : « Pourquoi c’est ratĂ© ? » Demande : « Qu’est-ce que je fais, intĂ©rieurement, quand je vois cette image du quotidien ? »

2. De l’image vers le regardeur
Ce que ces photos du quotidien révÚlent :

  • Ton attente
  • Ton intention initiale
  • Ton rapport au contrĂŽle, au rĂ©sultat, au sens

3. Du sens vers la présence
Certaines images du quotidien ne « disent » rien. C’est prĂ©cisĂ©ment lĂ  que mu agit : quand il n’y a plus rien Ă  tirer de l’image, mais quelque chose Ă  vivre devant elle.

Ce que tu vas découvrir

  • Tes automatismes de jugement photographique
  • Le lien entre Ă©tat intĂ©rieur et qualitĂ© d’image
  • L’image comme trace d’une traversĂ©e du quotidien (et pas seulement comme rĂ©sultat)
  • Qu’il reste autre chose que ce qu’on attendait

Cette « autre chose » peut ĂȘtre :

  • Un Ă©tat corporel
  • Une ambiance
  • Un moment de trouble
  • Une saturation sensorielle
  • Un rapport au monde Ă  cet instant prĂ©cis
Photographier au quotidien: ombres floues

Une pratique de présence

L’esthĂ©tique japonaise ne cherche pas Ă  produire des images apaisantes ou atteindre une forme idĂ©ale. Elle invite simplement Ă  ĂȘtre plus prĂ©sent, accueillir ce qui se prĂ©sente, reconnaĂźtre le monde tel qu’il se donne.

C’est exactement ce que ces trois postures transforment en toi. Zen cultive ta disponibilitĂ©. Ma t’invite Ă  laisser de l’espace (dans tes compositions, dans ton cƓur, dans ton emploi du temps). Mu suspend ton jugement de sorte que tu ne cherches plus Ă  corriger ou embellir.

Photographier avec ces notions, c’est accepter de rester avec ce qui est. L‘agitation, le flou, la saturation, la maladresse font partie du rĂ©el.
Tu documentes ta rencontre avec le monde tel qu’il se prĂ©sente Ă  toi.
Alors quelque chose de profond se dĂ©place… Le fil conducteur n’est plus la photographie elle-mĂȘme mais ta qualitĂ© de prĂ©sence.
Ce qui compte, c’est comment tu Ă©tais lĂ , Ă  ce moment prĂ©cis.
Certaines de tes photos ne seront pas admirables : elles tĂ©moigneront simplement de ta relation au monde Ă  un instant donnĂ©. Et c’est prĂ©cisĂ©ment leur valeur.

Si tu veux partager tes dĂ©couvertes ou montrer tes images, rejoins-nous sur le groupe Facebook RĂȘve Debout. Cette communautĂ© cĂ©lĂšbre chaque exploration, chaque pas vers ton expression personnelle.
DĂ©couvre aussi d’autres invitations du DĂ©fi crĂ©atif des 4 saisons :

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11 rĂ©flexions sur “Photographier le quotidien: 3 notions japonaises pour mieux regarder”

  1. Merci Sylvie pour cet article trĂšs intĂ©ressant, encore une fois. Tu nous rappelles que photographier le quotidien, ce n’est pas chercher Ă  faire une belle image, mais c’est apprendre Ă  ĂȘtre vraiment lĂ . Zen, ma et mu sont des invitations Ă  ralentir, Ă  laisser de l’espace et Ă  arrĂȘter de juger trop vite ce qu’on voit et ce qu’on fait. C’est Ă  la fois encourageant et cela enlĂšve pas mal de pression.

    1. Merci, Laura. C’est exactement l’esprit que j’aime partager. Être pleinement lĂ , laisser de l’espace et suspendre le jugement, c’est dĂ©jĂ  tout un art !
      Le simple fait de le rappeler peut dĂ©jĂ  allĂ©ger la pression que l’on se met soi-mĂȘme.

  2. Une nouvelle fois, ton approche philosophique de l’art me conduit Ă  rĂ©flĂ©chir non seulement sur l’art lui-mĂȘme, sur « les » arts, mais aussi sur une façon d’apprĂ©hender toutes les choses de la vie. J’ai trouvĂ© magnifiques les oeuvres qui illustrent ton article, et dans lesquelles les trois notions que te Ă©voques transparaissent. Vraiment merci pour ce petit moment de grĂące !

    1. Merci pour ton regard sensible, Denis. Pour moi, lorsque l’art devient une expĂ©rience plutĂŽt qu’un objet, il ouvre naturellement une autre façon d’ĂȘtre au monde. Heureuse que ces Ɠuvres et ces notions aient nourri ta rĂ©flexion.

  3. J’ai suspendu mon jugement. J’ai gardĂ© une photo floue de mon jardin. Elle est devenue ma prĂ©fĂ©rĂ©e.

    J’ai des photos « ratĂ©es » qui, avec le recul, racontent bien plus que mes meilleurs clichĂ©s.

    Le vrai dĂ©fi, c’est de photographier son quotidien sans que ça ressemble Ă  un catalogue IKEA.

    1. Merci pour ce retour!! C’est tout Ă  fait ça: apprendre Ă  porter un regard intĂ©rieur plus doux tout en restant authentique et sincĂšre d’abord envers soi-mĂȘme !!!

  4. Heureuse de retrouver ces notion de Zen, Ma et Mu dans cet article! Je ne fais pas particliĂšrement de photographie au sens artistique du terme mais j’aime ressentir ces concepts, leur prĂ©sence et leur application, ici Ă  la photo. Alors comme dans ce que tu dĂ©cris pour les photos en style japonais j’ai lu ton article en faisant bien plus attention Ă  ce qu’il gĂ©nĂšre en moi plutĂŽt qu’au sujet mĂȘme. Et j’apprĂ©cie grandement d’explorer le Zen, Ma et Mu juste dans l’instant prĂ©sent. Merci beaucoup

    1. Merci pour ce tĂ©moignage, Flore. L’idĂ©e de cette maniĂšre de crĂ©er est avant tout de se dĂ©couvrir et de s’apporter Ă  soi-mĂȘme; Ton intuition d’adapter ta lecture est donc tout Ă  fait alignĂ©e. Cette attention portĂ©e Ă  ce qui se vit en toi, sans chercher Ă  faire ni Ă  produire, me semble ĂȘtre l’essence mĂȘme de cette approche.

  5. Belle rĂ©flexion ! C’est en ralentissant et en laissant de l’espace, que l’on redĂ©couvre la beautĂ© de des instants ordinaires 😄
    P.S : trĂšs belles photographies !

  6. Sylvie, ton article fait vraiment du bien.
    Avec le zen, le ma et le mu, tu montres que photographier le quotidien, ce n’est pas chercher la photo parfaite, mais apprendre Ă  regarder autrement, avec plus de prĂ©sence et moins de jugement.

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