Photographier le quotidien: 3 notions japonaises pour mieux regarder

Photographier le quotidien avec nos téléphones semble simple. Aujourd’hui, nos appareils proposent même des réglages « intelligents » : lignes de composition, mise au point, suggestions de cadre… Pratique pour capturer un beau souvenir mais pas pour une création personnelle! En réalité, ces aides te formatent plus qu’elles ne te libèrent.

Je me suis rendu compte que développer son regard photographique n’est pas intuitif pour tous. Beaucoup jugent leurs photos trop vite. On supprime, on corrige, on cherche à « bien faire » sans vraiment s’interroger sur ce que ça signifie. Cette tension vient souvent du fait qu’on ne s’écoute pas suffisamment. On cherche des règles extérieures au lieu de cultiver son propre regard.

Le Japon nous offre trois notions simples et profondes qui transforment cette approche. Pas des techniques à maîtriser, pas des règles de composition rigides. Plutôt des postures intérieures qui libèrent ton regard et ta façon de composer. Elles te reconnectent à ce que tu ressens vraiment face au réel. Ces notions sont accessibles et te permettent de te décomplexer face à tes propres images.

Cet article fait partie du Défi créatif des 4 saisons pour apprendre à mieux regarder en photo et mieux t’écouter.

Photographier le quotidien: oiseaux

I. Pourquoi ces 3 notions japonaises transforment ta façon de photographier le quotidien

Photographier le quotidien, c’est capturer des instants ordinaires de ta vie de tous les jours. Pas besoin de mise en scène ou d’effets spéciaux. On prend en photo ce qui nous entoure, et c’est notre regard qui transforme le réel.
Pour affiner notre regard sur les choses simples, le Japon nous offre trois postures intérieures transformatrices

Zen, ma, mu : trois concepts pour photographier le quotidien autrement

Au Japon, certains concepts n’ont pas d’équivalent direct dans nos langues occidentales. Ils portent en eux des siècles de sagesse et d’attention au monde. Les 3 notions abordées ici zen, ma et mu font partie de ces trésors.

Tu as certainement déjà des idées sur ce qu’est le zen. C’est une forme de bouddhisme aussi devenue un mot courant pour désigner le calme et l’épure. En réalité, le zen est bien plus profond qu’une simple esthétique…

Ma, lui, est partout dans la culture japonaise. Il désigne l’espace, l’intervalle, la pause entre deux choses. On le retrouve dans les jardins, la calligraphie, la musique traditionnelle et même dans les conversations !

Mu est peut-être le plus déroutant des trois. Si tu as lu mon article sur les koans zen, tu l’as peut-être croisé. C’est le fameux « mu » du premier koan : « Un chien a-t-il la nature de Bouddha ? » — « Mu ! » Une réponse qui invalide la question elle-même.

Le lien avec ta pratique photographique au quotidien

Voilà la belle surprise : zen, ma et mu ne sont pas des techniques photographiques à apprendre. Ce sont des postures intérieures qui transforment ta relation au quotidien que tu photographies.
Pose-toi cette question un instant. Quand tu déclenches, est-ce pour chercher le « bon sujet » ou pour mettre en évidence ce que tu as ressenti ?
Cette introspection change tout.
Photographier le quotidien repose déjà sur trois choses toutes simples :

  • Un instant
  • Un geste
  • Une relation directe au réel

Ces trois notions japonaises te reconnectent justement à ces fondamentaux. Pas en ajoutant de la complexité, mais en revenant à l’essentiel :

  • Zen t’apprend la présence
  • Ma t’apprend à composer avec le vivant senti dans l’intervalle
  • Mu t’apprend à suspendre le jugement

II. Les 3 notions japonaises pour photographier le quotidien

A. Zen : Comment cette posture transforme ta façon de photographier le quotidien

Commençons par éclaircir un malentendu fréquent autour du zen.
Quand on entend « zen« , on pense souvent à :

  • Un style visuel épuré ou minimaliste
  • Une promesse de calme
  • Une recherche du beau

Le zen est avant tout une qualité de présence. Une posture intérieure qui transforme ta façon d’être avec ce que tu regardes et avec l’instant.

Photographier le quotidien dans un esprit zen
Concrètement, qu’est-ce que cette posture zen change dans la manière de photographier ?
Il ne s’agit pas de chercher le bon sujet ou attendre un instant spectaculaire mais plutôt de:

  • Ralentir
  • Se rendre disponible à ce qui est déjà là

En somme le zen invite à cesser de vouloir pour commencer à percevoir.

Les 3 effets concrets du zen pour photographier le quotidien

Alors comment pratiquer la « photo zen Â» ?

1. Le ralentissement
Le zen introduit une pause avant le déclenchement. Pas une hésitation mais un temps d’accord.
Tu ne photographies plus le quotidien pour saisir. Tu photographies pour répondre à ce qui t’appelle. Cette différence peut sembler subtile, mais elle change tout.

2. La simplicité
Le zen te détourne du spectaculaire. Il t’invite à regarder l’ordinaire avec toute l’attention que tu peux lui porter.

3. L’absence de tension vers le résultat
Photographier le quotidien dans un esprit zen, c’est accepter de:

  • ne pas savoir si l’image sera « réussie »
  • ne pas chercher à produire quelque chose
  • faire confiance au moment

L’image devient une trace, non un objectif.

Ce qu’il faut retenir de la « photo zen Â»
Le zen ne cherche pas à embellir le monde, mais à le rencontrer.
Le calme n’est pas dans la photo mais dans la manière de regarder.

Quelques photographes « zen » à découvrir

Si tu veux voir ce que donne la photographie zen en pratique, regarde le travail de :

  • Hiroshi Sugimoto : il pratique la « méditation photographique ». Ses séries sur la mer et les théâtres utilisent des expositions de plusieurs heures. Il revendique l’influence du bouddhisme zen : photographier devient un acte contemplatif, une façon d’être présent au monde.
  • Michael Kenna : sa photographie épuré est en noir et blanc, souvent en longues expositions. Son approche minimaliste s’applique aussi bien aux paysages qu’au quotidien. Il utilise parfois un Holga, appareil en plastique accessible. Fortement influencé par le Japon, il cherche « ce qui reste quand tout est parti ».

Pour ton quotidien
Tu n’as pas besoin de longues expositions ou d’équipement spécial. Ce qui compte, c’est ta posture : ralentissement et/ou disponibilité, accueil, simplicité.
La photographie méditative n’est pas dans la technique mais dans ton attention.

Photographier le quotidien: le zen

B. Ma : Comment repenser ta composition pour photographier le quotidien

Ce qu’est ma pour photographier le quotidien

Ma désigne l’intervalle vivant entre deux choses. C’est un espace-temps actif, chargé de présence. Dans la culture japonaise, ma existe partout : entre deux gestes, deux sons, deux mots, deux formes. C’est ce qui fait respirer l’Å“uvre et lui donne son rythme profond.

La question essentielle quand tu photographies le quotidien devient alors : comment laisser respirer ton image ? L’espace négatif en photographie n’est pas un « reste » qu’on remplit par défaut. Il participe à la composition au même titre que ton sujet principal.

Ma : une question de rythme
Comprendre le ma demande de saisir quelques nuances essentielles. Sans elles, tu risques de confondre ma avec minimalisme ou dépouillement.
En effet, le ma ne dépend pas du nombre d’éléments dans ton image :

  • Une photographie du quotidien peut être minimaliste et ne contenir aucun ma.
  • À l’inverse, une image pleine de multiples éléments peut contenir beaucoup de ma.

Ma dépend de la relation entre les éléments qui composent l’image. Comment se répondent-ils ? Laissent-ils circuler le regard ?

Le ma concerne le rythme visuel, pas la quantité d’espace vide :
Une image chargée d’objets peut respirer si les distances entre eux créent une alternance, une pulsation.
Une image épurée peut étouffer si l’unique élément sature l’espace sans laisser de marge où le regard peut se poser.

Ce que ma change dans ta façon de photographier le quotidien:

  • 1. Regarder l’espace négatif comme élément actif
    Tu cesses de remplir le cadre. Tu portes attention aux intervalles, aux distances, aux marges. Ces espaces structurent ton image : ils créent des tensions visuelles, hiérarchisent, donnent du rythme.
  • 2. Laisser une place au regardeur
    Ma ouvre un espace dans ton image et permet au regardeur d’y pénétrer.

Ce qu’il faut retenir
Ma est l’espace où le regard peut entrer.
Photographier le quotidien avec ma, c’est accepter de ne pas tout montrer.

Quelques photographes « ma » à découvrir

Ces artistes travaillent la composition minimaliste et l’esthétique japonaise en photographie:

  • Minor White transforme les détails quotidiens en abstractions graphiques. Ses images sont construites sur des tensions visuelles : ombre contre lumière, ligne contre forme. Ces éléments dialoguent, créent des correspondances. L’intervalle entre eux génère une dimension contemplative, presque spirituelle.
  • Frank Machalowski photographie des espaces urbains désertés. Ses compositions épurées montrent l’intervalle entre les éléments architecturaux. Pas de présence humaine. Le vide structure l’image et crée une attente suspendue où l‘absence devient le sujet.
  • Fan Ho utilise la lumière comme architecture. Ses ombres découpent l’espace urbain de Hong Kong. Les silhouettes humaines deviennent points graphiques dans un jeu d’ombre. Ses cadrages créent du rythme par l’alternance entre plein et vide.
  • Masao Yamamoto travaille en formats minuscules (10×7 cm). Ses images floues, fragmentaires, souvent abîmées, cultivent l’imperfection. Cette petitesse force l’intimité. L’espace autour de l’objet photographié devient immense par contraste.
Photographier le quotidien: ma

C. Mu : Comment suspendre le jugement pour photographier le quotidien

Mu est sans doute la notion la plus déroutante des trois. Mais une fois saisie, elle libère le regard d’une manière inattendue.

Comment comprendre la notion mu pour photographier le quotidien

On traduit souvent mu par « vide ». Cette traduction est trompeuse si on l’entend comme absence ou néant.
Mu signifie plutôt :

  • L’absence de fixation
  • Le non-attachement aux catégories
  • La désactivation des oppositions mentales : réussi/raté, beau/laid, intéressant/banal

En photographie : ce que Mu change vraiment
En pratique, mu invite à :

  • ne pas décider trop vite ce qu’une image est
  • suspendre l’interprétation rapide et l’étiquette « ratée », « intéressante », « inutile »
  • regarder ce qui est là, sans vouloir corriger, expliquer ou sauver

Mu suspend ainsi le jugement immédiat, mais n’interdit pas une lecture ultérieure.
Il empêche simplement que cette lecture soit automatique, défensive ou normative.
Pour autant, une « photo mu » n’est pas :

  • une photo minimaliste (ça, c’est souvent ma)
  • une photo vide de sujet
  • une photo zen au sens esthétique

Mu ne concerne donc pas l’apparence de l’image mais ton rapport à elle.
Avec mu, l’acte de photographier compte plus que le résultat. Tu ne cherches pas à créer une « belle image ».
Tu documentes simplement ta rencontre avec le réel. L’image devient trace de ta présence ou témoin de ce qui t’a touché, pas une production à évaluer.

Ce qu’il faut retenir
Mu cherche à suspendre le réflexe de jugement.
Voici ce que cela signifie concrètement :

  • Mu est un geste mental, pas une technique photographique
  • Il invite à lâcher le cadre qui te pousse à poser la question « est-ce réussi/raté »
  • Photographier avec mu, c’est accepter l’image comme trace

Quelques photographes « mu » à découvrir

  • Rinko Kawauchi photographie le quotidien dans une lumière surexposée, presque blanche. Ses images semblent sur le point de s’effacer. Rien de spectaculaire: tout dans l’image a la même importance. Cette égalité de traitement ne permet aucune dramatisation ni aucune interprétation narrative.
  • Ralph Gibson travaille le fragment corporel. Cadrages serrés qui coupent, tronquent, isolent : ses compositions énigmatiques ne livrent aucune explication narrative. Elles refusent activement qu’on leur attribue un sens unique.
  • Lieko Shiga brouille la frontière entre document et fiction. Ses images floues, théâtrales, troublantes ne révèlent jamais si ce qu’on voit est réel ou mis en scène. Cette ambiguïté fondamentale résiste à toute explication.
  • Yasuhiro Ishimoto réduit le visible à des formes essentielles. Ses compositions épurées ne sont que présence visuelle, surfaces, lignes. L’image devient dépouillée de tout récit anecdotique.
Photographier le quotidien: mu

III. Pratiques concrètes pour photographier le quotidien autrement

Ces trois notions se traduisent en trois postures que tu peux incarner à chaque étape de ta pratique photographique.

Avant : Une attention disponible

Ralentis avant de déclencher. Ne cherche pas tout de suite le bon sujet. Rends-toi simplement disponible à ce qui est déjà là.
Cette disponibilité ne cible rien de particulier. Elle accueille simplement ce qui se présente à ton regard.
C’est une qualité d’attention au monde qui t’entoure. Avec elle, tu ne produis pas l’instant, tu te rends disponible à lui.

Pendant : Un espace laissé au monde

Laisse de l’espace autour de ton sujet. Ne cherche pas à tout montrer, à tout remplir. Compose en laissant respirer ton image.
Concrètement :

  • Donne de l’espace autour de ton sujet principal
  • Utilise le vide (espace négatif) comme élément actif de ta composition
  • Observe les distances et les lignes entre tes éléments
  • Ne cherche pas à remplir le cadre

Un ratio simple : laisse au moins 50% d’espace négatif dans ton image. Cet espace n’est pas du vide, c’est ce qui fait respirer le regard.

Après : Un refus de forcer le sens

Quand tu regardes tes images, suspend ton jugement immédiat. Ne décide pas tout de suite si c’est raté ou réussi.
Observe plutôt :

  • Ce qui se passe en toi face à l’image
  • Tes automatismes de jugement qui surgissent
  • Ton attente, ton intention initiale
  • Ta tentation de corriger, d’expliquer, de justifier

Ne demande plus « Pourquoi c’est raté ? »
Demande plutôt : « Qu’est-ce que je fais, intérieurement, quand je vois cette image ? » ; « Qu’est-ce que cette image révèle de mon attente ? »
Certaines photos du quotidien ne disent rien de spectaculaire. Laisse-les être ce qu’elles sont : des traces de ta présence à un instant.

L’éclairage d’un philosophe

Georges Didi-Huberman a travaillé sur les seules 4 photos prises par des déportés à Auschwitz. Des images floues, hors-champ, techniquement ratées.
Dans Images malgré tout et Écorces, le philosophe fait parler ces photos « inexploitables Â». Selon lui, ces « ratages » témoignent justement des conditions extrêmes dans lesquelles elles ont été prises. Elles sont les traces d’un témoignage impossible.

C’est exactement ce que propose mu pour tes photos du quotidien :

  • De l’image-résultat → à l’image-trace d’une traversée
  • De la photographie comme performance → à la photographie comme témoignage

On ne peut […] jamais dire : il n’y a rien à voir, il n’y a plus rien à voir. Pour savoir douter de ce qu’on voit, il faut savoir voir encore, voir malgré tout. […] Et c’est à travers un tel regard – une telle interrogation – sur ce que nous voyons que les choses commencent de nous regarder depuis leurs espaces enfouis et leur temps enfuis. 

Georges Didi-Huberman, in Écorces.

Photographier le quotidien: gant

IV. 2 invitations artistiques pour photographier le quotidien autrement

Invitation n°1 : Moments suspendus

« Une pause entre les choses — Capture le calme et l’immobilité.« 

L’intention

Explore le calme, la présence, l’immobilité (zen) en toi et l’intervalle, l’espace, la pause (ma) dans ta composition.

Quoi observer ?
Porte ton regard sur :

  • L’espace entre les éléments du quotidien
  • Le rythme visuel
  • L’attente silencieuse
  • La valeur de l’entre-deux

Consignes pratiques

Photographie l’entre-deux, c’est-à-dire ce qui se passe entre deux moments, entre deux objets ou deux actions.
Accepte qu’il ne se passe presque rien dans ton cadre. N’aie pas peur du vide. Laisse respirer ton image.
Compose avec au moins 60% d’espace négatif.

Ce que tu vas découvrir

En photographiant le quotidien ainsi, tu vas explorer :

  • Ton rapport au temps en photographie (et photographie méditative)
  • L’importance du silence visuel dans les scènes quotidiennes
  • Comment créer des photos calmes et apaisantes
  • La beauté de l’ordinaire quand on lui accorde attention
Photographier le quotidien: parasol

Invitation n°2 : C’est raté ?

« C’est raté ?-Découvre ce que tes photos « ratées » racontent sur toi Â»

L’intention

Cette invitation repose entièrement sur mu : suspendre le jugement sur tes photos du quotidien.
Le but n’est pas de cherche à sauver tes images « ratées Â» pour les transformer en « réussites Â». Il n’est pas question non plus trouver du beau et/ou du sens mais plutôt de :

  • Désactiver ton réflexe d’évaluation
  • Observer ce qui se passe en toi face à ces images
  • Reconnaître l’image comme trace d’un vécu

Mu suspend le jugement immédiat, mais n’interdit pas une lecture ultérieure.
Il empêche simplement que cette lecture soit automatique, défensive ou normative.

Consignes pratiques

Première étape : rassemble tes images mises de côté
Choisis quelques photographies que tu as écartées. Des images floues, mal cadrées, surexposées, confuses…

Deuxième étape : regarde-les attentivement
Reste quelques instants face à chaque image, même si elle te met mal à l’aise ou te laisse indifférente. Ne cherche pas à les expliquer.

Troisième étape : observe ton jugement.
Pour chaque image du quotidien :

  • Observe ce qui te fait dire qu’elle est ratée
  • Remarque les mots, les attentes ou les critères qui apparaissent en toi
  • Ne cherche pas à comprendre l’image
  • Observe plutôt ton regard et ses automatismes

Tu peux noter quelques mots — non pas sur ce que l’image montre, mais sur ce qu’elle déclenche, refuse ou suspend en toi.

Quatrième étape : le contexte
Reprends chaque image en te posant ces questions, une à une :

  • Dans quel contexte de mon quotidien ai-je déclenché ?
  • Quel était mon état physique, émotionnel, sensoriel ?
  • Qu’est-ce qui, autour de moi, pouvait brouiller ou saturer mon attention ?
  • De quoi cette image du quotidien pourrait-elle être la trace, plutôt que la preuve d’un échec ?

Cinquième étape : reconnais (sans sauver)
À la fin, choisis une image. Non pas pour la sauver, mais pour la reconnaître comme témoin d’un moment vécu de ton quotidien, avec ses déséquilibres, ses troubles, sa densité.

Ce que révèle cet exercice : 3 transformations du regard

1. Du jugement vers l’observation
Ne demande plus : « Pourquoi c’est raté ? » Demande : « Qu’est-ce que je fais, intérieurement, quand je vois cette image du quotidien ? »

2. De l’image vers le regardeur
Ce que ces photos du quotidien révèlent :

  • Ton attente
  • Ton intention initiale
  • Ton rapport au contrôle, au résultat, au sens

3. Du sens vers la présence
Certaines images du quotidien ne « disent » rien. C’est précisément là que mu agit : quand il n’y a plus rien à tirer de l’image, mais quelque chose à vivre devant elle.

Ce que tu vas découvrir

  • Tes automatismes de jugement photographique
  • Le lien entre état intérieur et qualité d’image
  • L’image comme trace d’une traversée du quotidien (et pas seulement comme résultat)
  • Qu’il reste autre chose que ce qu’on attendait

Cette « autre chose » peut être :

  • Un état corporel
  • Une ambiance
  • Un moment de trouble
  • Une saturation sensorielle
  • Un rapport au monde à cet instant précis
Photographier au quotidien: ombres floues

Une pratique de présence

L’esthétique japonaise ne cherche pas à produire des images apaisantes ou atteindre une forme idéale. Elle invite simplement à être plus présent, accueillir ce qui se présente, reconnaître le monde tel qu’il se donne.

C’est exactement ce que ces trois postures transforment en toi. Zen cultive ta disponibilité. Ma t’invite à laisser de l’espace (dans tes compositions, dans ton cÅ“ur, dans ton emploi du temps). Mu suspend ton jugement de sorte que tu ne cherches plus à corriger ou embellir.

Photographier avec ces notions, c’est accepter de rester avec ce qui est. L‘agitation, le flou, la saturation, la maladresse font partie du réel.
Tu documentes ta rencontre avec le monde tel qu’il se présente à toi.
Alors quelque chose de profond se déplace… Le fil conducteur n’est plus la photographie elle-même mais ta qualité de présence.
Ce qui compte, c’est comment tu étais là, à ce moment précis.
Certaines de tes photos ne seront pas admirables : elles témoigneront simplement de ta relation au monde à un instant donné. Et c’est précisément leur valeur.

Si tu veux partager tes découvertes ou montrer tes images, rejoins-nous sur le groupe Facebook Rêve Debout. Cette communauté célèbre chaque exploration, chaque pas vers ton expression personnelle.
Découvre aussi d’autres invitations du Défi créatif des 4 saisons :

Enfin, épingle cet article pour être sûre de le retrouver plus tard :

Photographier le quotidien pour pinterest 1
Photographier au quotidien: pinterest 4
Photographier au quotidien: pinterest 2
Photographier au quotidien: pinterest 3
Cet article vous a intéressé ? Vous êtes libre de le partager !

8 réflexions sur “Photographier le quotidien: 3 notions japonaises pour mieux regarder”

  1. Merci Sylvie pour cet article très intéressant, encore une fois. Tu nous rappelles que photographier le quotidien, ce n’est pas chercher à faire une belle image, mais c’est apprendre à être vraiment là. Zen, ma et mu sont des invitations à ralentir, à laisser de l’espace et à arrêter de juger trop vite ce qu’on voit et ce qu’on fait. C’est à la fois encourageant et cela enlève pas mal de pression.

    1. Merci, Laura. C’est exactement l’esprit que j’aime partager. Être pleinement là, laisser de l’espace et suspendre le jugement, c’est déjà tout un art !
      Le simple fait de le rappeler peut déjà alléger la pression que l’on se met soi-même.

  2. Une nouvelle fois, ton approche philosophique de l’art me conduit à réfléchir non seulement sur l’art lui-même, sur « les » arts, mais aussi sur une façon d’appréhender toutes les choses de la vie. J’ai trouvé magnifiques les oeuvres qui illustrent ton article, et dans lesquelles les trois notions que te évoques transparaissent. Vraiment merci pour ce petit moment de grâce !

    1. Merci pour ton regard sensible, Denis. Pour moi, lorsque l’art devient une expérience plutôt qu’un objet, il ouvre naturellement une autre façon d’être au monde. Heureuse que ces œuvres et ces notions aient nourri ta réflexion.

  3. J’ai suspendu mon jugement. J’ai gardé une photo floue de mon jardin. Elle est devenue ma préférée.

    J’ai des photos « ratées » qui, avec le recul, racontent bien plus que mes meilleurs clichés.

    Le vrai défi, c’est de photographier son quotidien sans que ça ressemble à un catalogue IKEA.

    1. Merci pour ce retour!! C’est tout à fait ça: apprendre à porter un regard intérieur plus doux tout en restant authentique et sincère d’abord envers soi-même !!!

  4. Heureuse de retrouver ces notion de Zen, Ma et Mu dans cet article! Je ne fais pas particlièrement de photographie au sens artistique du terme mais j’aime ressentir ces concepts, leur présence et leur application, ici à la photo. Alors comme dans ce que tu décris pour les photos en style japonais j’ai lu ton article en faisant bien plus attention à ce qu’il génère en moi plutôt qu’au sujet même. Et j’apprécie grandement d’explorer le Zen, Ma et Mu juste dans l’instant présent. Merci beaucoup

    1. Merci pour ce témoignage, Flore. L’idée de cette manière de créer est avant tout de se découvrir et de s’apporter à soi-même; Ton intuition d’adapter ta lecture est donc tout à fait alignée. Cette attention portée à ce qui se vit en toi, sans chercher à faire ni à produire, me semble être l’essence même de cette approche.

Laisser un commentaire

Retour en haut